La couverture santé universelle en RDC : de la promesse électorale à la réalité sociétale actuelle.

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Depuis l’avènement de Président  Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, le débat sur la couverture sanitaire universelle(CSU) a refait surface. Et cela est tellement vrai, qu’il a eu l’ingénieuse idée de se doter d’un Conseiller  Spécial en la matière qui doit veiller à ce que sa vision soit ancrée auprès des organes de l’exécutif.

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Après quatre ans aux commandes de la destinée de la RDC, il est opportun de dresser un bilan. Et ce d’autant plus que ce sujet  est  une des promesses majeures du chef de l’état actuel. Son implémentation  serait la matérialisation du droit à la santé longtemps bafoué,  alors qu’il est consacré par l’article  47 de la Constitution. 

Et en outre, le lancement de la gratuité pour les accouchements, dans un contexte des grèves à répétition des personnels soignants. Sans un chronogramme clair pour son implémentation sur toute l’étendue du pays.  On a l’impression   d’être plus  dans  la promotion de la maternité  que dans un processus  d’une vision holistique de  la CSU, nous réconforte dans notre démarche.[1]

 

 
 

Certes l’amélioration du cadre juridique était une des étapes pour l’implémentation de la CSU mais  certainement pas le verrou de la matérialisation de l’offre des soins de qualité, basée sur les principes de protection financière et d’équité.

L’article 178 du code du travail oblige tout employeur de prendre en charge les soins de santé de son employé et de ses membres de famille, son application offrirait déjà à tous les travailleurs et à leurs membres de famille une couverture médicale. Cependant, beaucoup d’employeurs ne respectent pas cette  législation  et en premier lieu l’état dont la majorité des travailleurs sont sans couverture.

Il est vrai que, le secteur informel regroupe au moins 70 % des actifs congolais mais la création de la caisse de solidarité par exemple, ne résout pas directement la problématique leur couverture. Le procédé le plus efficace  serait en premier lieu, le mécanisme d’identification du public cible.

 La priorité de la CSU en RDC, n’est nullement une question d’organes d’accompagnement et d’exécution. C’est plutôt  un leadership de la classe dirigeante, une identification des catégories ciblées, une rationalisation des dépenses

de L’état et un combat pour une augmentation du budget national qui par conséquence augmenterait celui de la santé. D’ailleurs le projet de loi sur la Csu adopté au mois décembre dernier, table sur une mobilisation annuelle de 4,5 milliards pour la matérialisation de la csu[2].

 

de la promesse

 

Les dépenses totales (courantes et d’investissements)  de la santé,   atteignent 2 203 427 996 USD[3]. Et si on les compare aux besoins des soins de santé de la population,  on se rend compte qu’au minimum une CSU catégorielle  est possible. Cependant, il faudrait une mise en commun, un leadership pour que par exemple,  les fonds de tous les partenaires aillent dans une même caisse. La part de la population sur les dépenses en soins de santé doit être payée par tous sauf les indigents.

C’est en cela que les autorités de la CSU devront faire preuve d’ingéniosité car il faudrait faire participer  un maximum  de la population,  créer de mécanismes de stabilisation de besoins de soins de santé et  de soutien financier à la caisse de solidarité. Une  part importante de nos dépenses en soins de santé provient de partenaires étrangers alors qu’on le sait, les fonds étrangers sont fluctuants, dépendent des critères déterminés par les pays donateurs.

Ne tombons pas dans l’erreur de vouloir créer un système qui trouverait son assise sur les fonds étrangers et surtout sans participation d’un maximum de la population. Ça serait la poudre aux yeux. Ce n’est que quand le citoyen observe des démarches visant à son bien-être, sans triomphalisme, sans vantardise, messianisme, ce n’est seulement qu’à ce moment que les individus de la société vont avoir confiance dans l’Etat ou dans ceux qui assurent la gestion de la collectivité et de la chose publique

 Nous pouvions affecter les personnels des institutions existantes pour des missions ad hoc, si c’était l’obstacle majeur de l’implémentation de la CSU.  La création de nouveaux organes institutionnels, comparativement  à l’augmentation du budget national,  reste un mal récurrent. Ils alourdissent les dépenses étatiques et les promus doivent se tourner vers l’étranger à la recherche des partenaires, faute des budgets conséquents. Ainsi, ils se retrouvent à la merci des différents partenaires.

 Dans le but de s’assurer un contrôle total et sans partage dans l’importation, dans l’achat et dans la distribution  des médicaments, qui est un enjeu capital contre les médicaments contre faits pour  l’implémentation de la CSU.  L’état peut  promouvoir des équipes des institutions existantes, à qui seraient confiées dans un premier  temps cette mission.   Ensuite la création des organes doit être  la conséquence du travail  réalisé.

 Et enfin   donner priorités aux organes qui aideront à augmenter le budget national et réduire le train de vie des institutions. Et d’avoir déjà sur terrain un projet pilote de la CSU, dans sa vision holistique.

«  Une ambition aussi louable et un rêve  de tout congolais ne devraient pas être dans les années lumières de la réalité sociétale actuelle ».

Patrick Ndjadi Ombombo

Expert en Couverture Soins de Santé
Administrateur de CRAMU RDC

Patrickndjadi@cramurdc.org

 

[1] Le lancement de l’accouchement gratuit à Kinshasa, un pas vers la couverture sanitaire en République Démocratique du Congo ? Patrick ndjadi ombombo, http://www.cramurdc.org/index.php/72-cramu/530-urgenttttgtt-2

[2] RDC: le projet de loi sur la couverture de santé universelle jugé recevable à l’Assemblée nationale | Radio Okapi

[3] Ministère de la Santé RDC, « Rapport sur les comptes de la santé 2021 », p. 29